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Conférence "les femmes et l'eau au Mali" (extrait)

Le 8 mars (journée internationale de la femme) s'est déroulée, à la FLASH de La Rochelle (faculté des lettres, langues, Arts et Sciences humaines ) la conférence de Claudine Brelet, HDR anthropologue, senior expert consultante auprès de l'UNESCO, membre de l'Académie de l'eau.

Au cours de la conférence, Claudine Brelet évoque, entre autre, les femmes et l'eau en Afrique.

 

   Claudine Brelet  

 

Journée internationale des Femmes
Université de La Rochelle, 8 mars 2013
Conférence coordonnée par la Coordination Femmes 17
et l'association ADRIAS

 

Droits des Femmes
Droit de l'eau: des victoires de l'ONU
par Claudine Brelet, HDR
anthropologue
senior expert consultante auprès de l'UNESCO
membre de l'Académie de l'Eau

 

L'ONU, un projet de civilisation
En juin 1945, à l'issue de la conférence de San Francisco, 4 femmes seulement font partie des 160 signataires des 51 pays signataires de la Charte de l'ONU, acte constitutif qui définit les buts de l'Organisation des Nations Unies. La reconnaissance des droits des femmes sera longue, malgré son Préambule proclamant la foi de ses fondateurs « dans les droits fondamentaux de l'homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l'égalité de droits des hommes et des femmes »(...) et malgré son Article 1 : « Réaliser la coopération internationale en résolvant les problèmes internationaux d'ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire, en développant et en encourageant le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinctions de race, de sexe, de langue ou de religion» (paragr. 3).

 

L'ONU n'est que le miroir des décisions prises par ses États membres : chaque pays représente une voix dans les décisions qui y sont démocratiquement votées. Son rôle, « préserver la paix dans le monde » par la coopération entre nations, est celui d'un pouvoir législatif : il ne consiste pas à faire appliquer les lois inspirées par ses recommandations, déclarations et conventions internationales – y compris dans les pays qui en sont signataires. Néanmoins, pour la première fois dans son histoire, l'humanité s'est dotée avec l'ONU d'un forum commun à tous les peuples, où les nations du monde peuvent se rencontrer, discuter, voire s'affronter verbalement pour, finalement, prendre des décisions communes.

 

En février 1946, lors de la réunion inaugurale de l'Assemblée générale des Nations Unies à Londres, Eleanor Roosevelt est la Déléguée des États-Unis. Très active depuis la fin des années 1920 dans la lutte pour les droits politiques des femmes, elle lit une lettre ouverte adressée « aux femmes du monde ». Rédigée à l'initiative de Hélène Lefaucheux, membre de la Délégation française, cette lettre qualifiée de «première expression de la voix des femmes à l'ONU et la mise en avant du rôle des femmes dans la nouvelle arène de la politique et de la coopération internationales» demande aux « gouvernements d'encourager partout les femmes à prendre une part plus active dans les affaires nationales et internationales, et aux femmes de participer à l'œuvre de paix et de reconstruction aussi activement qu'elles ont contribué à la résistance ». Ainsi encouragées par la Première Dame des États-Unis, de nombreuses déléguées et représentantes d'ONG utilisent l'article 55 de la Charte des Nations Unies pour obtenir que le Conseil économique et social (ECOSOC), chargé de favoriser le respect « universel et effectif » des droits de l'homme « sans distinction de sexe » crée, dès ce mois de février 1946, la Commission des droits de l'homme. Soutenues par les mouvements féministes, elles arrachent à ECOSOC la Sous-Commission de la condition de la femme qui devient, le 21 juin suivant, la Commission de la condition de la femme (Commission on the Status of Women ou CWS) qui, chargée de « préparer les recommandations et rapports pour la promotion des droits des femmes dans les secteurs politiques, économiques, civils, sociaux et éducatifs », est présidée par Eleanor Roosevelt. Elle participe à la rédaction de la Déclaration universelle des Droits de l'homme (maladroite traduction française de human rights qui reflète bien l'état d'esprit régnant notamment en France à l'époque !) dont l'Article 2 stipule que « Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation ». En effet, en 1945, seuls 30 des 51 premiers États membres de l'ONU accordent aux femmes les mêmes droits de vote qu'aux hommes et les autorisent à travailler dans l'administration publique...

 

Bref hommage aux pionnières
Si la lutte n'est pas nouvelle, elle reste néanmoins âpre et longue – particulièrement en France. En effet, le droit de vote des femmes n'est même pas évoqué à l'Assemblée Constituante (17 juin 1789). Les femmes participent en masse à la prise de la Bastille (14 juillet), malgré l'abolition des privilèges (4 août), la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (26 août) les oublie : n'étant pas des hommes, elles sont privées de citoyenneté politique et civile mais, défiant les hommes, elles se rassemblent en clubs politiques. L'une d'elles, Olympe de Gouge qui publie sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne en 1791, est guillotinée en 1793. Certes, les femmes finissent par obtenir, au moins, la reconnaissance de leurs droits dans les successions, l'institution du divorce et leur admission comme témoins à l'état civil, mais une dizaine d'années plus tard, de même que l'esclavage, aboli par la Constituante en 1789, est rétabli en 1802 par Bonaparte, le code civil Napoléon prive les femmes de tout droit et précise même que « Les personnes privées de droits juridiques sont les mineurs, les femmes mariées, les criminels et les débiles mentaux » (article 1124).

Les revendications des femmes renaissent avec la Révolution de 1830 et le mouvement romantique : leur combat rejoint ceux des ouvriers et des prolétaires. Comme en 1789, les femmes participent activement à la Révolution de 1848. Le droit au travail leur est accordé, mais toujours pas celui de divorcer.

 

Au cours du Second Empire (1852-1871), un nombre croissant de femmes se bat pour accéder à l'enseignement supérieur. Les réformes inspirées par leurs clubs et leurs actions solidaires pendant la Commune commencent sous la IIIe République. Hubertine Auclert fonde le Droit des femmes, en 1876. Pendant l'Exposition universelle de Paris, le 1er Congrès International des Femmes en juillet 1878 réunit les déléguées de 11 pays (Brésil, États Unis, France, Italie, Pays-Bas, Russie, Suède, Suisse...), mais le droit de vote des femmes n'y est pas discuté.

Pourtant, la reconnaissance des droits des femmes commence, afin d'être des citoyennes à part entière, par le droit d'élire et d'être éligible : le seul moyen de réformer les institutions pour obtenir :

  • l'égalité devant la loi,
  • le droit à l'éducation,
  • le droit au travail,
  • le droit à la maîtrise de ses biens,
  • le droit à la maîtrise de son corps et de sa fécondité.

Aux États-Unis, les luttes des esclaves fugitives et résistantes, notamment Harriet Tubman et Sojourner Truth, pour les droits des Afro-Américains s'associent à celles du Women's right movement dès 1830 en Caroline du Sud, avec les sœurs Sarah et Angelina Grimké, avec la new-yorkaise Elisabeth Cady Stanton qui organise avec la quaker Lucretia Mott et quelques autres. En juillet 1848, la Convention des droits de la femme constitue l'acte fondateur du mouvement pour les droits des femmes aux États-Unis. Enfin, epuis sa création en 1888, à Washington D.C., le Conseil international des Femmes (International Council of Women ou ICW) lutte contre toutes formes de discrimination et pour l'affirmation des droits dans divers domaines (alphabétisation, habitat, emploi etc.) ; il participe maintenant aux travaux du groupe de travail ATD Quart Monde auprès des Nations Unies dès sa création et bénéficie d'un statut consultatif auprès de ECOSOC, BIT, FAO, OMS, PNUD, PNUE, UNESCO, UNICEF, UNCTAD, UNIDO, etc.

 

Dans l'Empire britannique, l'enseignement supérieur commence à s'ouvrir aux femmes vers 1850 en Angleterre. Le droit de vote est accordé aux femmes en 1893 en Nouvelle Zélande, dès l'âge de 21 ans, puis en 1894 en Australie. Néanmoins, en 1912 à Londres, le Premier Ministre refuse de signer le document donnant le droit de vote aux femmes de 30 ans, ou bien mariées à un propriétaire, ou bien propriétaires elles-mêmes. Il soulève ainsi la colère des suffragettes, des militantes pour le suffrage (droit de vote) des femmes qui montent des actions spectaculaires (beaucoup sont condamnées à la prison), mais elles obtiennent gain de cause en 1918 en démontrant l'utilité de leur travail pendant la guerre de 14-18...

 

En France, bien que le Droit de vote accordé en 1944 par le Comité français de la Libération nationale ait été confirmé par l'ordonnance du 5 octobre sous le Gouvernement provisoire de la République française, il n'est utilisé que le 29 avril 1945 pour les élections municipales, puis en octobre pour les élections à l'Assemblée constituante... malgré les efforts de nombreuses femmes et associations depuis la Commune, puis ceux de l'Union française pour le suffrage des femmes (U.F.S.F.), créée à Paris en 1909, et de la Ligue française pour le droit des femmes... Malgré le principe de l'égalité absolue entre hommes et femmes inscrit en 1946 dans la Constitution de la IVe République, les femmes doivent attendre 1965 pour exercer une profession et ouvrir un compte bancaire sans l'autorisation du mari, puis 1967 pour que la loi Neuwirth autorise la vente de contraceptifs et, enfin, la loi Veil qui autorise, en 1975, l'IVG (sous certaines conditions) après la condamnation de l'avortement, en avril 1942, comme « crime de haute trahison » (peine de mort).pour les droits , la Journée internationale des Femmes fixée au 8 mars de chaque année depuis août 1910, lorsde la 2ème Conférence internationale des femmes socialistes qui réunit une centaine de femmes de 17 pays, n'est officialisée par l'ONU qu'en 1977, cinq ans après le 25e Anniversaire de la Commission de la condition de la femme grâce à qui l'année 1975 est désignée Année internationale de la femme. L'assemblée générale des Nations Unies approuve et ajoute la contribution des femmes à la paix dans le monde aux thèmes de l'égalité et du développement proposés par cette Commission.

La Première Conférence mondiale sur le statut des femmes, tenue à Mexico, lance la Décennie des Femmes pour l'Égalité, le Développement et la Paix, un Plan mondial d'action pour dix ans, de 1976 à 1985, dans les domaines de la coopération internationale, la participation politique des femmes, l'enseignement et la formation, l'emploi, la santé et la nutrition. L'opinion commençant à reconnaître qu'aucun développement n'est possible sans la participation des femmes, la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW) du 18 décembre 1979 entre en vigueur le 3 septembre 1981.

 

La Conférence internationale sur les soins de santé primaire organisée à Alma Ata en 1978 par l'OMS et l'UNICEF marque un tournant décisif dans l'histoire des femmes, car elle met l'accent sur les soins de santé et l'eau souvent au centre des responsabilités domestiques assurées par les femmes : soins donnés aux enfants et leur hygiène, approvisionnement en eau et son stockage, préparation des aliments, lessive et propreté de leur foyer. Pour toutes ces tâches, il faut de l'eau, beaucoup, mais aussi du temps, énormément dans certaines régions où les femmes collectent l'eau et le bois combustible jusqu'à cinq heures par jour, outre les quatre heures qu'elles passent à laver, cuire et préparer les aliments, En Afrique, par exemple, ces tâches sont effectuées à 90 % par les femmes rurales.

Les femmes sont plus touchées que les hommes par le manque d'eau, notamment en raison de leurs besoins spécifiques pendant la grossesse : le manque d'eau compromet le développement fœtal. Elles ont donc alors besoin de plus de 5 litres d'eau/personne/jour, la moyenne pour la survie d'un être humain. Un enfant né dans un pays en développement a 13 fois plus de risques de mourir au cours de ses 5 premières années de vie qu'un enfant né dans un pays industrialisé. De plus, l'approvisionnement en eau saine ne peut pas être séparé de l'assainissement dont la santé des hommes, des femmes et des enfants dépend directement : la pauvreté s'accompagne le plus souvent d'insalubrité, notamment dans les milieux urbains, et le stress hydrique, de malnutrition et de maladies infectieuses qui entraînent à leur tour aliénation sociale et dépression collective. Alors qu'au fil des siècles, les multiples tâches des femmes leur ont permis d'accumuler beaucoup de connaissances sur les ressources en eau et leur environnement local, les sciences de l'eau n'ont pas vraiment tenu compte des femmes, ni du fait que l'avenir de l'humanité dépend de leur discrimination qui persiste dans la gestion de l'eau. Pourquoi ce retard ? Lors de l'industrialisation, au milieu du 19ème siècle, les sciences hydrologiques se sont structurées en sciences autonomes. N'ayant pas droit à l'éducation, les femmes en ont été exclues.

 

En 2007, selon l'Institut de statistique de l'UNESCO, près d'un chercheur sur quatre dans le monde est une femme. Environ 27 % des femmes titulaires d'un doctorat scientifique ou d'un diplôme d'ingénieur sans emploi ou ne travaillant pas expliquent cette situation par leurs obligations familiales, contre seulement 1,5 % des hommes. Ainsi, par exemple, la composition des comités scientifiques permet de constater dans quelle mesure les femmes contribuent à définir les priorités : la Finlande et la Suède sont les deux seuls pays dans lesquels plus de 40 % des membres sont des femmes, au Danemark et au Royaume-Uni, la proportion de femmes atteint plus de 30 % tandis que, dans la plupart des pays de l'Union européenne, le rapport femmes-hommes varie depuis de un à cinq jusqu'à moins de un à dix.

 

La Deuxième Conférence mondiale sur les femmes en 1980
Elle réunit à Copenhague les représentants de 145 États Membres de l'ONU qui, enfin, définissent les facteurs responsables de l'écart entre les droits légaux des femmes et leur capacité à les exercer :

  • engagement insuffisant des hommes pour améliorer le rôle de la femme dans la société,
  • volonté politique insuffisante,
  • manque de reconnaissance de la valeur des contributions des femmes à la société,
  • manque d'attention portée aux besoins particuliers des femmes dans les planifications,
  • rareté des femmes aux postes de décision,
  • insuffisance de services (coopératives, centres de soins et organismes de prêts destinés à soutenir
    le rôle de la femme dans la vie nationale),
  • manque général de ressources financières,
  • faible prise de conscience des femmes concernant les opportunités disponibles...

La Troisième Conférence mondiale sur les femmes des Nations Unies pour la Femme, mais aussi la naissance du féminisme mondial. Elle réunit 157 États membres de l'ONU, plusieurs agences spécialisées de l'ONU, 163 ONG, quelque 12.000 participants venus du monde entier, dont de nombreuses Africaines. Les États présents reconnaissent enfin que tous les problèmes humains sont aussi ceux des femmes et 127 d'entre eux mettent en place des institutions et des mécanismes nationaux qui, destinés à assurer la participation des femmes aux processus de décision, au développement, comprennent des mesures légales et constitutionnelles destinées à assurer l'égalité des femmes avec les hommes dans la vie politique et les processus de prise de décisions.

La Quatrième conférence mondiale sur les femmes la plus importante réunion de représentants de gouvernements et d'ONG jamais organisée avec 17.000 participants, dont 189 gouvernements et forum de 2.100 ONG, soit un total d'environ 35.000 personnes. Sur le thème de la « Lutte pour l'Égalité, le Développement et la Paix », cette Quatrième Conférence a pour objectifs, comme les pionnières de l'ONU le réclamaient en 1945, d'assurer que les droits des femmes fassent partie intégrante des droits de l'homme, d'éliminer toute forme de discrimination envers les femmes, en public comme en privé, d'améliorer l'autonomisation sociale, économique et politique de la femme, sa santé et son accès à l'éducation et la promotion de ses droits génésiques (procréation) et, enfin, de lancer la théorie du genre (déjà avancée à Nairobi) : « Le genre se réfère aux relations entre hommes et femmes basées sur des rôles socialement définis que l'on assigne à l'un ou l'autre sexe ».

Les droits des femmes et le droit de l'eau, des victoires de l'ONU ! L'histoire de la gestion de l'eau est intrinsèquement liée à l'histoire du statut des femmes et de leur accès à l'éducation. Trois générations après la Déclaration universelle des Droits humains (1948), depuis le 28 juillet 2010, l'accès à une eau potable et salubre est un droit fondamental, essentiel au plein exercice de droit à la vie et de tous les droits humains ».